La montée en puissance de la location de véhicules électriques en France (2020–2025)
En 2020, louer une voiture électrique en France relevait encore de la curiosité, parfois même du pari. Cinq ans plus tard, l’électrique est devenu un réflexe pour une part croissante de voyageurs, d’entreprises et de citadins pressés. Cette bascule s’explique par un alignement de politiques publiques, d’infrastructures et d’usages. La location s’impose ainsi comme un canal concret de la transition, offrant une mobilité plus silencieuse, plus fluide et plus facile à tester sans engagement long.
Panorama du marché français de la location de véhicules électriques
Entre 2020 et 2025, le marché de la location électrique en France a connu un démarrage prudent puis une accélération rapide. L’offre s’est d’abord concentrée dans les grandes agglomérations, autour des gares et des aéroports. Avec l’élargissement de la gamme et une meilleure perception de l’autonomie réelle, la demande s’est renforcée et les loueurs ont augmenté la part d’EV dans leurs flottes, tout en améliorant l’accompagnement client et la signalétique de recharge.
Un CAGR unique serait trompeur : les rythmes diffèrent selon la courte durée, l’autopartage ou la LLD. Mais la tendance est claire : l’électrique est passé d’une option marginale à une vitrine stratégique, utile pour attirer de nouveaux clients et anticiper les contraintes environnementales.

Les segments qui structurent la dynamique
La location courte durée reste la porte d’entrée la plus visible. Hertz, Europcar, Sixt et Avis ont étoffé leurs gammes avec des citadines, compactes et SUV électriques. Pour de nombreux clients, cette formule sert de test réaliste avant un achat, notamment lors de déplacements professionnels ou de vacances.
Le car-sharing joue un rôle de normalisation urbaine. Free2Move, Zity et Citiz ont rendu l’expérience plus simple et plus familière : réservation sur smartphone, prise en main rapide, conduite douce. Cette accessibilité a accéléré l’adoption dans les centres-villes et a contribué à faire de l’électrique un usage de routine plutôt qu’une exception.
La LLD et la LOA ont, de leur côté, consolidé le mouvement auprès des ménages et des entreprises en réduisant l’incertitude financière et technologique. Le véhicule est de plus en plus abordé comme un service, avec des mensualités comparées à d’autres abonnements.
Le rôle des constructeurs dans l’écosystème de location
Renault a longtemps tiré la démocratisation, Peugeot a renforcé sa présence sur les segments compacts et SUV, et Tesla a apporté un effet d’image notable. MG a contribué à élargir l’offre perçue comme compétitive pour les flottes à forte rotation. Cette diversité a rendu l’électrique plus attractif et moins expérimental pour le public, tout en donnant aux loueurs une marge de manœuvre plus large sur le positionnement prix.
Au total, la location agit comme un accélérateur de la transition : elle met l’EV dans les mains de ceux qui hésitent encore et transforme l’essai en habitude.

Les moteurs de croissance (2020–2025)
La progression de l’électrique en location repose sur trois leviers complémentaires : un cadre public incitatif, l’amélioration de la recharge et une demande de plus en plus mature. Quand l’utilisateur sait qu’il pourra circuler plus sereinement en ville et recharger sans stress, l’électrique devient un choix pragmatique.
Politiques publiques et incitations financières
Les signaux en faveur de la mobilité bas carbone ont encouragé le renouvellement des flottes et réduit l’écart de coût avec le thermique.
- Bonus et aides à l’acquisition influençant les achats des loueurs.
- Avantages fiscaux pour les entreprises électrifiant leurs parcs.
- Déploiement et extension des ZFE-mobilité rendant certains usages thermiques moins attractifs.
- Communication institutionnelle normalisant l’idée d’un parc plus propre.
Ce contexte a diminué la perception du risque, autant pour les opérateurs que pour les clients, et a légitimé des investissements plus réguliers dans les EV.
Expansion des infrastructures de recharge
Sans bornes, pas de bascule durable. Entre 2020 et 2025, la densification des points de charge, notamment rapides, a amélioré les trajets interurbains et touristiques. La recharge est devenue plus planifiable et moins anxiogène, ce qui a élargi la pertinence de l’électrique au-delà des seules métropoles, même si des disparités territoriales persistent.

Évolution de la demande des particuliers et des entreprises
Pourcentage de locations effectuées avec des véhicules électriques par rapport aux véhicules à moteur thermique, en France.
Statistiques basées sur les données agrégées par Bookignauto, agrégateur international de location de voitures.
La demande a gagné en maturité. En 2020, beaucoup louaient une voiture électrique pour “voir”. En 2025, ils la choisissent parce que l’usage est confortable, rationnel et souvent mieux adapté aux contraintes urbaines ou hôtelières.
Chez les particuliers, l’argument écologique est désormais accompagné par le confort acoustique et la simplicité de conduite. Côté entreprises, la LLD et la LOA progressent grâce aux enjeux RSE, aux coûts d’usage et à l’anticipation des restrictions. Dans les zones touristiques, une part croissante de voyageurs internationaux attend une option électrique facile à réserver, prolongeant des habitudes déjà acquises ailleurs.

Transformations du secteur de la location
Le secteur s’est réorganisé autour de nouveaux impératifs : gestion de l’énergie, formation et expérience digitale. L’électrification des flottes traditionnelles oblige à planifier la recharge entre deux locations et à mieux informer le client sur l’autonomie et les types de charge. En parallèle, l’autopartage 100 % électrique dans plusieurs grandes villes consolide un usage court, fluide et peu bruyant.
La digitalisation accélère cette évolution : réservation sans contact, état des lieux plus rapide, assistance via application. La télématique permet un meilleur suivi de la charge et de la maintenance, réduisant les frictions dans la rotation des véhicules. Pour le client, cela se traduit par moins d’attente au comptoir, une meilleure prévisibilité et une expérience plus proche des standards des services numériques.
Défis et obstacles à surmonter
Plusieurs freins restent visibles en 2025 :
- Infrastructures encore insuffisantes en zones rurales, freinant certains usages touristiques.
- Coût d’entretien spécialisé et incertitudes perçues sur la batterie, qui pèsent sur les arbitrages de flotte.
- Saisonnalité de la demande, rendant la logistique de recharge plus tendue en été.
- Pression concurrentielle, qui réduit les marges.
Ces défis sont autant opérationnels que pédagogiques : une partie des clients attend une expérience identique au thermique, alors que l’électrique exige encore un minimum de planification. Dans certaines zones côtières ou montagneuses, un manque de bornes rapides peut aussi créer un risque réputationnel pour les loueurs en haute saison. L’enjeu est de rendre ces gestes simples et quasi invisibles.
Études de cas
À Paris, Free2Move illustre une électrification pragmatique de l’autopartage, facilitée par la densité de bornes et la culture du “à la demande”. Hertz, de son côté, renforce la visibilité de l’électrique autour des gares et aéroports, où l’EV sert d’outil d’image et de test pour une clientèle internationale. Enfin, Renault Mobilize pousse une logique d’écosystème orientée services, confirmant que la flexibilité devient un critère central dans la mobilité.
Perspectives 2025–2030
La période 2025–2030 devrait consolider l’accélération récente. L’arrivée de modèles attendus, l’ultra-fast charging et le V2G pourraient améliorer encore l’équation économique et opérationnelle. Le cadre des ZFE continuera probablement d’orienter les choix de flotte.
Dans ce contexte, l’électrique en location a vocation à devenir un arrière-plan normal de la mobilité française : un service attendu, accessible et intégré aux parcours de voyage comme aux usages d’entreprise.
